Camille Renault et le bateau de pierre

la vie et l'oeuvre de Camille Renault, le plus grand mécène de ce siècle

22 février 2007

entretien exlusif avec Nadine Jeanne

conseillère Municipale de la Ville de Puteaux

entretien réalisé par Marie de Mazan

Marie de Mazan : Comment avez-vous découvert Camille Renault ?

Nadine Jeanne : Je faisais partie d’une association culturelle de Puteaux (la SHALP) et en 1997 nous avons monté un spectacle dont l’une des scènes se déroulait dans le restaurant de Camille Renault. Pour rédiger les dialogues, j’ai du faire des recherches sur le personnage et celui-ci m’a vite fascinée.

MdeM : Cet intérêt pour Camille est-il suscité par le fait qu’il a beaucoup apporté sur le plan culturel et artistique à Puteaux, ou cela dépasse-t-il complétement le côté “artiste” du personnage ? Pour prolonger cette question est-ce l’homme dans tout ce qu’il avait d’humain qui vous a poussé vers lui ?

N.J. : Passionnée de peinture et très attachée à ma ville, c’est avec une grande fierté que j’ai découvert que grâce à lui, Puteaux avait été, entre les deux guerres, un centre culturel et artistique de premier plan. Le Tout-Paris venait dans son restaurant. Outre Kupka et les frères Duchamp qui habitaient à deux pas, on y rencontrait Gleizes, Metzinger, Picabia, Léger, Picasso… Cela n’aurait pas été possible sans l’originalité du personnage :  sa silhouette impressionnante (190 kilos), sa verve (on venait pour l’écouter) et sa propre passion pour l’Art (il était fin connaisseur).
Je lui suis donc reconnaissante d’avoir mis Puteaux en lumière mais aussi d’avoir su aider les peintres qui l’entouraient, soit en acceptant des paiements sous forme de croquis, soit en réussissant à vendre leurs toiles.

MdeM : Pensez-vous que Camille Renault soit connu et reconnu à sa juste valeur ?

Absolument pas. On ne trouve plus aucune trace de son passage à Puteaux (son restaurant a disparu). C’est pourquoi dès l’ouverture de mon blog, j’ai souhaité l’évoquer. Ailleurs, ce n’est pas mieux puisque le “Bateau de Pierre” qu’il a fait construire à Broué est aujourd’hui menacé.
On a oublié que c’était un grand mécène et que de nombreux artistes n’auraient pas pu poursuivre leur travail sans lui. On a oublié que lui aussi possédait une part de génie. J’encourage donc toutes les initiatives qui visent à le faire mieux connaître.

MdeM : Aujourd’hui, que peut apporter Camille Renault à la ville de Puteaux ?

N.J. : Camille Renault peut redonner à la ville une mémoire sur le plan artistique et culturel. J’aimerais que les Putéoliens se réapproprient cette période de l’histoire de leur Ville et qu’ils puissent visiter un jour “Le Bateau de Pierre”. Cet édifice -si original et si plein encore des empreintes laissées par les artistes qui y venaient- permet de se faire une idée du personnage, de sa force, de son extravagance et de ses rêves.

MdeM : Pour terminer, si vous deviez choisir un seul mot pour décrire Camille Renault, cela serait ....?

N.J. : Générosité.

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Nadine Jeanne - Conseillère Municicpale de la Ville de Puteaux

Article publié par Marie de Mazan Tous droits réservés

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09 octobre 2006

entretien avec Marie de Mazan

Marie de Mazan à la rencontre de Camille Renault

Entretien réalisé par Olivier Hedoux

Marie de Mazan, vous êtes une passionnée de la Normandie et de la Brie.

Pourquoi aujourd'hui, vos pas vous guident vers Camille Renault ?

Marie de Mazan : J'ai fait la connaissance de Camille Renault  d'une façon très particulière. Un jour Mr Furet, chocolatier- confiseur , installé dans  un petit village de l'Eure et Loir,  voulait me faire visiter sa demeure qui avait été autrefois ocupée par un illustre personnage qui recevait le Tout-Paris, mélangeant art culinaire et oeuvre d'art. J'étais curieuse et l'imagination en éveil. En arrivant, la surprise fut totale :   j'avais devant moi,  Un grand bateau de pierre au milieu d'une mer de blé...

Cette rencontre fut un choc. J'ai eu envie de tout savoir sur cet homme, sa vie,  sa passion pour la peinture et pourquoi ce bateau...

O.H. : Vous dites, que Camille Renault est le plus grand mécène de ce siècle. Pourtant peu de monde se souvient aujourd'hui de lui. Qui était-il ?

MdeM : Dans le milieu de l'art, si, on se souvient encore de lui. son nom n'est pas effacé.  C'était un personnage étonnant qui a toujours évolué au contact des autres. Camille Renault a commencé comme apprenti-patissier. Pendant la première guerre, il habitait chez son oncle maternel dans la fameuse rue Clauzel où déjà de nombreux artistes  célèbres venaient hanter les marchands de couleur. Ne dit-on pas que l'école de Pont-Aven est née  rue Clauzel ?

Pendant ses heures de liberté quand il était en apprentissage, Camille  se rendait  dans les galeries d'art dans  les environs de Saint Lazare et s'inspirait de Gaughin et des fauves pour décorer ses gâteaux. Puis, il deviendra le cuisinier du Maréchal Lyautey à Rabat, lors de son service militaire. De retour en France, il ouvre un restaurant à Puteaux en 1925. Là, il fait la connaissance de Jacques Villon et son frère et le tchèque Franz Kupka. Le groupe de Puteaux va se former, composé d'artistes intéressés par le cubisme comme Villon, Kupka, Gleizes, Metzinger, Picabia, Léger...

Tout ce monde fréquente le restaurant de Camille. Villon ,fait venir ses amis.  Ici, il n'est pas question  d'argent entre Jacques et Camille.   Tous les cent couverts, selon un convention établie, Jacques Villon offre une toile à son ami restaurateur.

Le restaurant atteint un renommé qui fait courir le Tout-Paris à Puteaux.  On déguste des croustades Kupka, des turbots Villon, des soufflés Kandinsky et l'on peut voir les toiles et discuter avec les artistes. Et très souvent, les clients achetaient une toile . Ainsi Camille Renault va devenir restaurateur et marchand de tableaux.  au goût très sûr, sachant reconnaître le vrai talent,  il  deviendra le mécène d'une pléiade d'artistes quis seront nourris et logés.  En échange, ils demandaient que l'on lui peigne des chevaux, son portrait ou la femme à la fenêtre.  Le peintre Vitalis restera plus de trente ans chez Camille Renault.

Les tableaux vont prendre au fils du temps une valeur inestimable et Camille Renault va se retrouver à la tête d'une des plus prestigieuses collections privées au monde. Et pour exposer cette immense collection, il achète en 1952 une ferme en Eure et Loir qui va se transformer au gré du temps pour devenir le bateau de pierre que l'on connait. Il quitte Puteaux  définitivement en 1967  et ouvre une galerie d'art boulevard Haussmann tout en faisant la cuisine et de continuer à protéger ses artistes

O.H. :  L'Association Camille Renault et le bateau de pierre a vu le jour le 14  septembre., vos premiers objectifs ?

MdeM   Mr Furet qui habite et travaille sur place, puisque c'est là que se fait toute la préparation et aussi la  confection  de la chocolaterie et la confiserie a conscience que le patrimoine de Camille Renault n'est d'une part pas protégé et d'autre part que la bâtisse sombre tout doucement faute de moyen.  D'où la création de l'association. Mr Furet a toute sa place comme président car depuis 6 ans, il habite au bateau, malgré les difficultés de son entreprise, qui, petite PME, essaie de survivre avec son savoir-faire, rencontre mille difficultés. l'artisanat est très joli en exposition mais fait mal vivre ses créateurs... D'ailleurs le destin  croisé de Camille Renault, patissier de métier et Alain Furet chocolatier-confiseur  est très étonnant. Mr Alain Furet possède une boutique sur Paris, rue Chabrol à l'endroit même ou est née Marie Laurencin amie du poète Guillaume Apollinaire qui venait souvent au bateau de pierre.

Donc les objectifs de l'association sont  de faire revivre les acteurs, artistes, peintres, poètes, écrivains, musiciens, critique d'art...  en fait, tout ce qui animait le bateau de pierre à l'époque de Camille Renault

Nous avons commencé à répertorier et archiver ce qui reste encore de documents de cette époque. Nous avons pris des contacts avec différentes mairies mais aussi des associations qui ont un lien direct de près ou de loin avec la famille de Camille Renault. Ce qui nous fait beaucoup voyager  en Normandie., puisque il y a encore des traces tangibles du groupe de Puteaux dans les environs de Rouen.Mais notre gros souci, est de trouver des mécènes pour réhabiliter un bateau qui prend l'allure d'une épave si l'on ne fait rien très rapidement.

Imaginez, que Le Corbusier, Matisse, Léger, Villon, Picasso  avaient leur chambre ici au bateau.  Camille avait douze chambres avec le nom des artistes et une oeuvre scellée dans chacune de ces pièces... Une chapelle a même été construite à la demande d'un artiste pour se ressourcer, exposer ou travailler avec comme fond de musique la symphonie du nouveau monde de Dvorak

O.H. De nos jours, c'est François Pinault qui possède la plus grande collection privée d'art contemporain. Qu'en pensez-vous ?

MdM : On est pas dans la même époque, le même contexte. Camille Renault a aidé les artistes à tous les niveaux. Ce qui a fait aussi sa perte, et il a fini misérablement seul quand ses amis un par un sont morts.  La disparition de Villon par exemple a été un coup tragique pour Camille qui n'a après que survécu  sans passion aux aléas de la vie.

François Pinaut dit en parlant des artistes : "ils m'ont beaucoup appris en me révélant des modes de pensées et d'expresion avec lesquels je n'était pas familier"... Lui Camille, vivait, préssentait le talent de demain. Et il ne sait pas trompé. François PInault est collectionneur de tableaux de grands maîtres, Camille Renault a lancé ces grands maîtres...

O.H. Si vous aviez la possibilité de rencontrer Camille Renault aujourd'hui, que lui diriez-vous ?

MdeM : Quand embarque-t-on Mr Renault pour aller à la rencontre de la liberté ?

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